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19.

Comme tous les matins à 6h07 tapantes, Mariette se rend à sa boîte aux lettres, au bout du chemin de terre qui mène à la rue.

Elle en profite pour ramasser un papier égaré, enlever une herbe folle qui aurait pu la faire chuter, saluer le nid de tourterelles du pommier voisin.

(Et de par la même, s’enquérir de l’état d’avancement de maturation de cette magnifique sorte de rainettes étoilées, qui feraient une tarte succulente.)

Elle prend le journal et soupire.

Aujourd’hui encore, aucune Une, titre, encart ou nouvelles de la première page ne lui mettrait le sourire aux lèvres.

 

Elle s’en retourne d’un pas aussi vif que lui permet son âge et se rend immédiatement dans le vaste atelier attenant à sa maison.

Elle prend, comme chaque matin, les pages une par une. Les parcourt d’un œil rapide et applique consciencieusement une large couche de blanc.

Du blanc sur le noir et le triste ; du blanc sur le grave, le gris et le faux ; du blanc également sur le caché, l’intolérable, et le cynique. Généreusement aussi, une belle couche de peinture blanche onctueuse sur les colonnes où s’étalent les pubs les plus perfides.

Le soleil du matin filtre à travers les grandes baies de carreaux et elle trouve ça aussi beau que dans une église.

 

A 10h07, toutes les pages sont en train de sécher au vent frais.

Sourire aux lèvres et tasse de café en main, sa journée peut commencer.