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15.

A quoi pensa le brigadier-chef Guérault quand il se rendit avec son équipe aux pieds des falaises écroulées ?

A la ferme de ses grands-parents, sans aucun doute.

A l’été de ses 12 ans, les 67 vaches du large troupeau qui faisaient la fierté de son grand père étaient toutes, sans exception, bringées.

Et il aimait l’accompagner, les soirs d’été,  à l’heure de la traite.  Dans ces prés des bords de crêtes. Quand l’herbe grasse est inondée des rayons d’or de fin de jour.

Et devant lui,  maintenant, la paroi fraichement tranchée affichait une couleur insolente.

Mais le spectacle offert à sa vue à la lueur du jour levant lui brisa le cœur.

Même si la marée haute de la nuit avait déjà déposé son linceul d’écume sur les masses tachetées brunes.

Même si les autres bêtes avaient été évacuées du champ dont les clôtures pendaient maintenant désolément dans le vide.

Même si plus rien ne meuglait ou ne gémissait dans le matin clair.

Seuls, de petits crabes s’agitaient aux endroits où la peau s’était fendue pour laisser l’accès à la chair vive.

Ça prend de la place, neuf masses défoncées par les rochers et couchées de tout leur long.

Foutue érosion.